La Guinée, pays prioritaire pour la France : MÉFIANCE…!

 » La Guinée vient d’être incluse dans la liste des pays prioritaires de notre nouvelle politique africaine dans le cadre de l’agenda transformationnel… », a annoncé Marc Fonbaustier, Ambassadeur de France en Guinée.

Ce 13 juillet 2023, à la veille de l’anniversaire de l’indépendance de la France, un nouveau pas pourrait être franchi entre la Guinée et son ancien pays colonisateur. Car pour la première fois depuis 1958, date anniversaire du Non de la Guinée, la France se décide à lever le pied.

Le Président français Emmanuel Macron

Pour bien comprendre cette décision de la France, rappelons deux faits historiques : la géopolitique des occidentaux face à l’Afrique et la relation tumultueuse entre la Guinée et la France depuis 1958.

Depuis le partage du continent africain lors de la conférence de Berlin ( 1884 -1885), la politique des occidentaux face à l’Afrique n’a pas varié. Seules les méthodes ont changé en sublimant les actions mais la finalité est la même : la mainmise sur les richesses du continent.

Lors de ce partage de l’Afrique, chaque pays colonisateur a eu son quota de colonies. Et après les indépendances, la logique a été maintenue pour que les pays colonisés restent sous la coupe de leurs anciens  » maîtres ». Les francophones avec la France, lusophones avec le Portugal et les anglophones avec les Anglais. Ce qui veut dire que pour qu’un pays francophone puisse avoir des fonds de l’Occident, il lui faut l’aval de la France ou la Belgique. Ainsi de suite… Et quand ces mêmes pays mettent un véto sur une colonie, tous les autres pays occidentaux adoptent implicitement de même.

Les occidentaux ont créé ainsi un club fermé pour se couvrir, préserver leurs intérêts et faire face au reste du monde. Ils ont tous les leviers de commande des instruments économique, politique et juridique : le FMI, la Banque Mondiale, l’ONU, la CPI. Et tant d’autres comme certains ONG et organisations internationales.

Bref, pour qu’un pays africain puisse lever des fonds, il lui faut l’aval ou le consentiment de son ancien colon. Et il ne peut sauter pour aller vers une métropole. C’est verrouiller. C’est le premier fait historique et géopolitique.

Deuxième fait historique : le Non de 1958 de la Guinée à la Communauté proposée par la France qui a conduit à l’indépendance du pays le 02 octobre de la même année.

La France n’a jamais digéré cet « affront » de la Guinée en optant de vivre sans domination quelconque. Depuis, le pays est sous perfusion.

Les Français ont repris les relations diplomatiques avec la Guinée en 1977. La coopération bilatérale existe et est présente mais les apports de Paris à Conakry sont peu nombreux. Comparativement à d’autres pays francophones.

Aujourd’hui, la donne a changé. La France a perdu pieds au Mali, au Burkina Faso et dans d’autres pays africains. Elle a besoin de se ressourcer.

Aujourd’hui, la Guinée se doit d’opter pour la méfiance. Car on lui présente d’un coté la séduction et de l’autre la peur.

La séduction, oui. La Guinée vient de quitter le statut de pays à revenu faible à celui de revenu intermédiaire. Alors que rien n’a changé sur le quotidien du guinéen et de son bien-être. Et maintenant, on la place parmi les pays prioritaires dans la nouvelle politique africaine de la France. Ce qui lui donne, selon l’ambassadeur Marc Fonbaustier,  » accès à davantage de financements », un fait à noter.

La peur, oui. On se souvient tout récemment d’un rapport fourni par une ONG internationale indiquant que la Guinée pourrait être l’objet d’attaques djihadistes à ses frontières. Un rapport sorti de nulle part et dont les allégations sont questionables.

Si l’on ajoute à tout cela ces rumeurs d’une possible installation d’une base militaire française en Guinée, l’on est en droit de se poser des questions.

Pour finir, la Guinée se doit d’adopter la politique de  » ni, ni… » pour réussir son développement. Elle ne doit être uniquement ni pro-occidental ni uniquement pro-russe ou pro-chinois. Elle se doit de composer avec tous les pays au regard de la préservation de ses intérêts. Comme le font brillamment l’Inde, la Turquie ou l’Afrique du Sud.

Par Diallo Abdel Aziz


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